Alors que je m'active en cuisine pour la fête de l'école, me disant "Elle va être chouette la fête vu que depuis hier on sait que la 13éme classe est sauvée"... oui sauf.

Sauf que je vois la BD laissée ouverte sur la canapé me disant que mon oncle Yvon n'aimait pas qu'on le fasse. Et là, je me souviens pourquoi ça me chiffonnait que la fête soit aujourd'hui. Il y a 1 an tout juste, après avoir fait un de mes spectacles de théâtre j'apprenais la mort subite d'Yvon. 

1 an et la tristesse est encore présente dans ma famille. 1 an à me rendre compte combien de choses me font penser à lui... et que finalement ses petites manies, ses passions... tout ça c'est autant de petites choses qui font que je pense très souvent à  lui. Il est encore là.

Et je me dis que mon amour du thé, des chats et du violet, ma gourmandise et mon côté bordélique ou bavard, tout ça c'est moi... et toutes ces petites choses là on en reparlera encore bien après ma disparition. Jamais je n'ai autant ressenti le fait que tant qu'on se souvient de quelqu'un il n'est pas tout à fait disparu. 

pour conclure je partage avec vous le texte que j'ai écrit pour son enterrement. J'aime pas écrire ce genre de choses... mais là j'en avais besoin, cela m'a fait du bien et mieux que tout ça à fait du bien à ma tante, mes cousins et d'autres encore. 

 

Mon adieu à Yvon

Depuis une semaine, une phrase me hante, mantra irréel, ritournelle impossible : « Yvon est mort. »

Comment est-ce possible ?

Yvon dans mon esprit, c’était un roc… parfois battu par les embruns. Mais, qui était là solide, fiable, qui serait toujours présent quand on en a besoin. Comment est-il possible de l’abattre ?

Lui qui aimait tant débattre, tel un bretteur faisant mouche avec des mots, défendait solidement ses arguments rendant compliqué toutes les contre-attaques. Toujours sur de son fait, il a parfois fallu sortir le dictionnaire pour départager. Une fois, je lui avais même photocopié et posté un article à propos d’un différend sur les Cathares. Mais, il n’en démordait pas et m’avait promis une réponse. Comment quelqu’un d’aussi batailleur a-t-il pu capituler si facilement ?

Tous les soirs, je me disais c’est un mauvais rêve, le réveil me détrompait. Alors, mon esprit a refusé tous les mots le rappelant, une foule de mots me trottaient dans la tête. Scrabble, tarot, rugby, c’était facile. Bateau, moto, vin rouge, polar, BD un peu plus complexe. Pates, confiture, beurre… et en pleurant devant du beurre me demandant si il était demi-sel ou non car il ne prenait que du demi-sel, j’ai réalisé que c’était impossible. L’expliquant à une amie, elle me répondit que c’était ce genre d’anecdotes qui le rendraient toujours vivant. C’est vrai, mais le choc de la nouvelle m’empêchait encore de l’entendre.

Il faut encore se dire : « Yvon est mort » et non ce n’est pas une phrase de théâtre. Il est mort quand avec mon frère nous étions sur scène à faire les pitres. Mardi, je jouais un autre spectacle et en répétant les paroles que mon personnage disait sur la mort, son prénom faisait irruption dans mon esprit. Je ne savais plus si c’était moi ou mon personnage qui parlait. Voilà, comme elle trouvait le réconfort :

Dans les minutes difficiles,

Quand, le cœur retient un sanglot,

C’est une prière enfantine,

Que je me répète tout haut.

Il est force secrète

Dans l’alliage des mots humains

Ils répandent quand on les répète

Comme un charme, comme un parfum.

Plus rien ne pèse sur le cœur

Ni le doute, ni le pêché

Alors on croit, alors on pleure,

Et on se sent léger, léger.

 

Des mois que je répétais ces mots sans vraiment les comprendre. Maintenant, je comprends.

Yvon aimait les mots et c’est en posant des mots que j’ai su que mon deuil pourrait se faire.

 

Il avait un fichu caractère, parfois rigide ou pointilleux. Non, on ne trie pas ses cartes quand on joue au tarot. Comment lui si tatillon sur règles d’un jeu a-t-il pu quitter la partie sans prévenir ?

Mais, ce qu’il faut surtout retenir d’Yvon c’est qu’il avait un cœur en or. C’est en regardant des photos, moment réconfortant d’un Yvon plein de vie, que cela sautait aux yeux. La carapace se fendait de suite face à de jeunes enfants, et encore plus quand il s’agissait de ses petits-enfants. Et le plus beau cadeau qu’il m’a fait, a été de m’offrir le premier rire de ma fille, petit moment magique pris en photo. Et c’est cette image là que je vais garder au chaud dans mon cœur.

 

En écrivant, mon esprit accepte doucement que ma vie sans toi commence, mais je ne t’oublierai pas. Il est temps de te dire adieu. Merci pour tout ce que tu m’as apporté. J’aurais encore pu te dire encore tant de choses, et il reste encore tant à dire sur toi.  L’embarcation s’éloigne, tu es loin sur les flots. Mais il reste un regret celui de ne t’avoir jamais formellement dit : « je t’aime mon oncle. ». Voilà, je t’ai tout dit. Adieu.